Objectif des 2°C : le résultat de la contribution des États

© AFP PHOTO/DOMINICK REUTER
© AFP PHOTO/DOMINICK REUTER

29 Oct Objectif des 2°C : le résultat de la contribution des États

Contexte

Lors de la COP19 de Varsovie en 2013, les pays se sont mis d’accord pour publier une contribution nationale (INDC*) de réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES) à horizon 2025-2030. Une première. La COP20 de Lima, l’année suivante, a précisé les modalités de publication.

Le 1er octobre (date butoir de remise des contributions pour qu’elles puissent être comptabilisées dans le rapport), 146 pays ont rendu leur copie. La Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC*) a étudié l’impact de ces contributions (retrouvez en PDF le rapport de la CCNUCC qui existe uniquement en version anglaise).

En l’état, et selon les études, la trajectoire mondiale des émissions de GES dessinée par les contributions publiées nous situeraient en 2030 sur une trajectoire menant à environ 3°C à la fin du siècle, comprise entre 2,7 et 3,5°C. Le scénario du pire avec un réchauffement proche des 4,5 voire 6°C, qui correspond aux trajectoires actuelles d’émissions et jusqu’ici considéré par les scientifiques comme le plus probable, s’éloigne.

Il s’agit d’une première série de contributions et l’objectif de rester sous la barre des 2°C est prévu pour 2100.

Grâce à ces contributions, l’objectif des 2°C* d’ici 2100 peut être atteint, à condition d’accélérer la dynamique. Un des enjeux de l’accord de Paris serait de mettre en place un mécanisme de révision périodique, idéalement tous les cinq ans, pour relever l’ambition de chacun et d’améliorer progressivement la trajectoire collective.

Nous en sommes aujourd’hui à 155 contributions nationales (au 30 octobre) qui représentent près de 90 % des émissions mondiales de GES. Ces contributions ne seront pas révisées à Paris. La négociation de Paris doit fixer le cadre qui permettra à chacun des pays d’améliorer sa part dans les émissions de GES.

Laurent Fabius, ministre des Affaires étrangères et du Développement international et futur président de la COP21, a déclaré dans un communiqué le 30 octobre :

Cela confirme l’importance d’aboutir à Paris lors de la COP21 à un accord qui fixe les règles permettant de revoir périodiquement à la hausse les contributions nationales. Le processus des contributions nationales est une première dans l’histoire des négociations climatiques. C’est une solide base pour le succès indispensable à Paris.

Lire l’intégralité du communiqué.

Les conclusions du rapport

1) Une mobilisation mondiale sans précédent

La préparation des contributions a constitué une étape majeure et inédite de mobilisation de l’ensemble des acteurs dans la lutte contre le dérèglement climatique, et a stimulé le débat national autour de l’enjeu climatique.

Les dirigeants ont été impliqués au plus haut niveau. En Côte d’Ivoire, le Premier ministre a ainsi lancé les travaux de préparation, puis le projet a été transmis au président de la République pour validation. Au Japon, le Premier ministre a dévoilé lui-même la contribution de son pays lors du sommet du G7 en juin.

Chaque échelon politique, des ministères aux autorités locales, a été largement associé. Le Pérou estime que 13 ministères et 300 experts ont été participé à la centaine de réunions. Certains pays, comme la Colombie, ont même fait valider leur contribution par leur Parlement national.

La société civile a également été consultée : plus de 60 pays ont organisé des réunions publiques ou des consultations en ligne. La Nouvelle-Zélande a recueilli près de 1 500 commentaires uniques via le site Internet du ministère de l’Environnement.

2) Vers des économies vertes

Les contributions ne se résument pas seulement à des objectifs chiffrés de réduction des émissions de GES. Elles montrent qu’une large majorité de pays ont enclenché de façon pérenne leur transition vers des modèles de développement faiblement émetteurs de gaz à effet de serre. Plusieurs États – dont Vanuatu, Cap Vert, Samoa et la Papouasie Nouvelle-Guinée – aspirent d’ailleurs à atteindre les « 100 % renouvelables » dans les quinze prochaines années.

Les énergies renouvelables ne sont plus considérées comme des sources d’appoint ou des expérimentations technologiques, mais sont bel et bien intégrées au cœur des stratégies d’approvisionnement. Plusieurs économies industrialisées prévoient de leur donner une place majeure au sein de leur bouquet énergétique : le Japon vise d’atteindre 22 à 24 % de sa production électrique à partir de sources renouvelables à 2030 (contre environ 13% en 2013), et l’Union européenne prévoit qu’elles représenteront 27% de sa consommation d’énergie finale (contre 11,8% en 2013 ).

La gestion durable des forêts apparaît comme une priorité. Beaucoup de pays forestiers ont prévu d’enrayer – voire inverser – les tendances de déforestation. Le Mexique s’est ainsi fixé un objectif de 0 % déforestation d’ici 2030, et le Brésil veut mettre fin à la déforestation illégale à cette date ; la République démocratique du Congo prévoit de planter environ 3 millions d’hectares de forêt au plus tard en 2025 ; le Cambodge entend recouvrir son territoire de forêts à 60 % d’ici 2030.

3) Planifier pour mieux s’adapter aux impacts climatiques

En évaluant les risques et les vulnérabilités, les pays peuvent mieux les priorités nationales d’adaptation. Une centaine d’États, soit près des 2/3 des contributions, ont choisi d’y intégrer un volet sur ce sujet, comme par exemple la mise en place d’un Plan National d’Adaptation. Le Burkina Faso veut cartographier les zones à risques d’inondation dans les villes de plus de 5 000 habitants ; les Maldives ont prévu de relocaliser le port commercial de Malé, la capitale, vers une île moins vulnérable aux vents violents et à la montée du niveau de la mer.

Plus de 50 pays mentionnent aussi leur souhait de se doter de systèmes d’alertes performants, afin de pouvoir détecter les évènements climatiques extrêmes et mieux protéger leurs populations.

Le défi climatique est désormais intégré aux stratégies nationales de développement notamment. La Colombie juge essentiel de prendre en compte l’enjeu climatique si elle souhaite remplir ses objectifs nationaux de « paix, d’équité et d’éducation ». Les bénéfices des politiques climatiques sont pris en compte : 6 000 emplois verts créés en Macédoine d’ici à 2030, 58 000 en Tunisie, 40 000 au Sénégal… Autre exemple, Kiribati place ses efforts de déploiement des énergies renouvelables dans une logique de réduction des importations d’énergie fossile. Enfin, les bienfaits des politiques climatiques pour la santé publique, la qualité de vie et la cohésion sociale sont soulignés par plusieurs pays.

Certains pays en développement prévoient également de renforcer la coopération entre eux : la Chine souhaite créer un Fonds pour la coopération Sud-Sud sur le climat.

À télécharger : le dossier de presse de l’analyse des contributions en PDF.

* POUR MIEUX COMPRENDRE

INDC : Intended nationally determined contribution.

CCNUCC : La Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques, adoptée lors du Sommet de la Terre de Rio de Janeiro en 1992, a pour objectif de «stabiliser les concentrations de gaz à effet de serre dans l’atmosphère à un niveau qui empêche toute perturbation dangereuse du système climatique». Le Secrétariat de la CCNUCC joue un rôle clef dans l’organisation des négociations. La Secrétaire exécutive se nomme Christiana Figueres.

GES : Si une petite quantité de gaz à effet de serre est produite naturellement, la majorité est émise par des activités humaines. L’utilisation massive de combustibles fossiles comme les hydrocarbures (charbon, gaz, pétrole), la déforestation, l’élevage et l’agriculture intensifs produisent de grandes quantités de gaz à effet de serre qui se concentrent dans l’atmosphère. Ces émissions accélèrent le réchauffement de la planète.

2°C : d’après les travaux du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), un réchauffement supérieur à 2°C entraînerait des conséquences graves, comme la multiplication des événements climatiques extrêmes. A Copenhague en 2009, les pays ont affirmé leur volonté de limiter le réchauffement climatique à 2°C par rapport à l’ère préindustrielle.

Tags: