Bilan du Plan d’Action Lima-Paris et de la Journée de l’Action

© Benjamin Géminel
© Benjamin Géminel

10 Déc Bilan du Plan d’Action Lima-Paris et de la Journée de l’Action

Le bilan de la Journée de l’Action et des 12 événements thématiques tenus du 1er au 8 décembre au cœur des négociations de la COP21 fait apparaître une mobilisation massive des acteurs non-étatiques en coopération avec les États :

  • Plus de 70 grandes initiatives coopératives qui regroupent près de 10 000 acteurs issus de 180 pays, venus présenter leurs actions.
  • Près de 11 000 engagements concrets au total sur la plateforme NAZCA : 2 250 villes, 150 régions, qui représentent 1,25 milliard d’habitants ; 2 025 entreprises, 424 investisseurs, 235 organisations société civile.
  • Plusieurs centaines de milliards de dollars réorientés climatpour investir dans la transition vers une économie bas carbone et résiliente.
  • Plus d’un tiers des 2000 plus grandes entreprises mondiales engagées pour le climat, leur poids économique équivaut aux PIB additionnés de la Chine, l’Allemagne et Japon.
  • Des milliers de dirigeants locaux, de chefs d’entreprises, de personnalités de la société civile sont venus à Paris témoigner de leur engagement et présenter leurs solutions et propositions.

Le Plan d’Action Lima-Paris : un processus inédit dans une COP qui constitue une part essentielle du résultat de Paris

Ce Plan d’Action est une initiative des gouvernements français et péruviens, du Secrétaire général des Nations unies et du Secrétariat de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques. Il a pour objectif de développer les actions et les engagements des acteurs non étatiques – villes, régions, entreprises, investisseurs, organisations de la société civile – pour beaucoup en coopération avec les États, et qui contribueront à la réduction des émissions mondiales de gaz à effet de serre et à l’adaptation, avant 2020 et sur le long terme. Il rassemble, dans de grandes initiatives internationales, les acteurs clés qui s’engagent dans une transformation des grands domaines de l’économie.

L’objectif du LPAA, c’est d’amplifier mouvement global de l’action qui est en cours, à tous les niveaux, dans tous les secteurs d’activités, et dans toutes les régions du monde. Il démontre qu’il est possible d’engager des actions concrètes pour le climat avant même l’entrée en vigueur de l’Accord de Paris en 2020.

Le LPAA et toute la dynamique qui s’est constituée autour, sera un atout pour les pays dans la mise en œuvre de leurs contributions nationales volontaires : il constitue un réservoir de solutions concrètes, d’innovations technologiques, politiques et financières, et permettra de faire baisser de manière significative le coût des technologies bas-carbone. Il permettra de  réduire les émissions, d’améliorer l’efficacité énergétique, de construire des villes plus durables et de protéger les forêts pour dessiner les contours du monde de demain.

Les initiatives diverses par leur origine et leur portée témoignent d’un profond mouvement de transformation à l’œuvre qui ne pourra que s’amplifier après Paris.

 Tendances de la mobilisation et enseignements clés

 Les initiatives lancées lors du Sommet sur le climat du Secrétaire général des Nations unies à New York en 2014 tiennent leurs promesses : nombre d’entre elles sont plus robustes et mieux structurées un an plus tard, comme la déclaration de New York sur la forêt

  • Un engagement remarquable des villes et des territoires : plus de 7 000 collectivités ont pris des engagements opérationnels et ambitieux pour réduire leurs émissions de gaz à effet de serre ;
  • De nombreuses initiatives sur l’efficacité énergétique comme principale source de réduction des émissions: appareils électriques, districts urbains, installations industrielles, transports et carburants…
  • La finance privée annonce des montants d’une ampleur inattendue dans une triple mouvement : mesure du poids carbone de ses portefeuilles ; investissement dans des projets pro-climat, retraits des investissements dans les combustibles fossiles
  • Mobilisation exceptionnelle de la communauté des acteurs de l’eau : à Paris, la gestion concertée de l’eau et la résilience des océans ont vu la mobilisation de centaines d’acteurs publics et privés (Pacte de Paris pour l’eau).

 Exemples d’annonces majeures

 Forêts

  • L’Allemagne, la Norvège et le Royaume-Uni ont annoncé un objectif commun de fournir plus de 5 milliards de dollars entre 2015 et 2020, si les pays forestiers démontrent une volonté de réduire leurs émissions de façon mesurée, notifiée et vérifiée.
  • La Colombie a annoncé à son tour un engagement de 300 millions de dollars avec ces mêmes pays en lançant le programme « Amazon Vision ».
  • Mondelez International s’est engagé à investir 400 millions de dollars dans les 10 prochaines années afin de soutenir la production de cacao durable avec un objectif de zéro déforestation nette en Afrique.

 Agriculture

  • « Initiative 4/1000 »- lancée à la COP21 par une centaine de partenaires, elle compte déjà plus de 1000 membres dont des États, des organisations internationales, des fondations privées, des fonds internationaux, des ONG et des organisations paysannes. Cette initiative vise à accroître le stockage de carbone dans les sols pour améliorer les rendements agricoles et réduire les émissions du secteur.

Résilience – Eau

  • Le Pacte de Paris sur l’eau et l’adaptation, a été signé par 303 participants de 87 pays. Réunissant des organisations, des gouvernements, des organismes de financement, des gouvernements locaux, des entreprises et la société civile – cela représente plus de 20 millions de dollars en assistance technique et plus d’1 milliard de dollars en financement.

Résilience – Adaptation

  • Lancement de systèmes d’alerte précoce pour plus de 50 pays les moins avancés et les petites îles (initiative CREWS)
  • Accès à l’assurance pour 400 millions de personnes vulnérables d’ici cinq ans
  • Des partenariats à hauteur de 150 millions de dollars pour mobiliser davantage de fonds pour l’Afrique et l’Asie
  • L’Union européenne mobilise 125 millions d’euros pour les pays touchés par le phénomène « El Niño »

Transport

  • 65 pays se sont engagés à améliorer l’efficacité des véhicules dans des pays en développement (qui comptent près de 3 milliards d’habitants : Indonésie, Égypte, Vietnam, Philippines, Maroc, Colombie, Union européenne, Émirats arabes unis, Mexique, Pakistan….)
  • « MobiliseYourCity »: des plans urbains de mobilité durable dans 100 villes à croissance rapide et près de 40 pays, avec près de 20 villes engagées et cinq millions d’euros pour injecter rapidement du financement dans le programme.
  • 50 partenaires se lancent dans le fret ferroviaire, un des contributeurs le plus important à la réduction des émissions de gaz à effet de serre.
  • Des pays, des collectivités et des entreprises se sont engagés à avoir 20% de véhicules électriques sur nos routes en 2030 (véhicules légers, deux-roues, vus), pour aller jusqu’à 100 millions de véhicules.

Bâtiment

  • Plus de 60 organisations et 22 pays ont lancé une Alliance mondiale sans précédent pour les bâtiments et la construction.

Finance privée

  • Large réorientation des investissements vers l’économie bas carbone
  • Coalition pour la décarbonation des portefeuilles : cette coalition qui réunit 20 investisseurs, représentant 3,2 trillions de dollars a largement dépassé ses objectifs et s’est engagé à décarboner plus de 600 milliards de dollars d’actifs.
  • 106 banques, qui investissent un total de 250 milliards de dollars, et une douzaine d’investisseurs (qui représentent plus de 4000 milliards de dollars) se sont engagés à augmenter leur portefeuille en efficacité énergétique.

 Polluants à courte durée de vie

  • Plus de 50 villes à réduire les émissions de déchets solides municipaux.
  • secteur à réduire les HFC de 30 -50% à partir de l’entretien frigorigène dans les 10 ans.
  • Plan d’action vert fret pour lutter contre le noir de carbone et les polluants de particules fines.

Énergie

  • L’Alliance mondiale pour la géothermie (GGA), a prévu d’atteindre une augmentation de 500% de la capacité mondiale installée de production d’énergie géothermique et une augmentation de 200% pour le chauffage géothermique d’ici 2030. Elle réunit 36 pays et 23 institutions.
  • L’Inde a lancé l’Alliance Solaire internationale, pour promouvoir la coopération sur l’énergie solaire entre les pays industrialisés et les pays en développement. Elle rassemble près de 120 pays, et vise à faire baisser les prix et pousser le développement des technologies de l’énergie solaire.
  • L’Initiative pour l’énergie renouvelable en Afrique, coalition de pays africains pour le développement les énergies renouvelables sur le continent a annoncé avoir mobilisé 10 GW de productions d’énergie renouvelable additionnels en 2020, et vise 300 GW d’ici 2020. 10 milliards de dollars d’ici 2020 ont été promis par des pays du G7, la Commission européenne, et la Suède.
  • Plus de 50 pays se sont accordés pour éliminer les ampoules à incandescence et promouvoir les technologies les plus efficaces comme le LED.

 Villes, collectivités et gouvernements locaux

  • Les villes et les régions des cinq continents représentant près d’un cinquième de la population mondiale (38 partenaires en tout) se sont réunis pour lancer un plan quinquennal (vision à cinq ans) qui permettra d’adresser le changement climatique et assurer un cadre de vie durables pour leur population.

Entreprises et secteur privé

  • 64 dirigeants représentant 1,9 milliards de dollars en revenus annuels s’engagent à intégrer la tarification du carbone dans leurs stratégies d’entreprise à long terme.
  • 450 dirigeants de 65 pays à travers 30 secteurs s’engagent à fixer des objectifs contraignants d’action pour le climat.
  • 115 entreprises du monde entier s’engagent à aligner leurs engagements de réduction des émissions en ligne avec l’objectif de maintenir 2 ° C.
  • ACCIONA s’est engagé à être neutre en carbone d’ici 2016, Philipps Lightning en 2020.

Innovation

  • Lancement de « Mission innovation ». 20 pays ont déjà rejoint cette initiative, et se sont publiquement engagés à doubler leur budget de R&D dans le domaine des technologies propres d’ici 202. L’initiative est couplée avec un effort du secteur privé appelé « Breakthrough Coalition » conduit par Bill Gates (qui rassemble 28 investisseurs de 10 pays), qui compte investir des capitaux privés dans l’énergie propre.

  Portail NAZCA : principaux chiffres

  • Près de 11 000 exemples de participations (en cumulatif) dans des initiatives du LPAA impliquant des États et des acteurs non étatiques de près de 180 pays.
  • 6 914 engagements individuels dans la plate-forme NAZCA: 2 255 villes, 150 régions, 2 025 entreprises, et 424 investisseurs.
  • Les villes et les régions sur NAZCA, représentent environ 1,26 milliards de personnes, soit 17 % de la population mondiale.
  • 97 villes sur les 300 plus grandes villes du monde sont engagés sur NAZCA, totalisant un PIB global de près de 20milliards de dollars.
  • 111 entreprises du top 500 (Global 500) des entreprises, représentant un total de 6,7 trillions de dollars de capitalisation boursière ont fait des promesses de réduction sur NAZCA.
  • Plus d’un tiers (609) des 2000 plus grandes entreprises du classement Forbes 2000 (2014) à travers le monde sont engagés sur NAZCA.
  • Ces 609 entreprises représentant un revenu global de  19,2 trillions de dollars, soit les PIB combinés de la Chine, du Japon et de l’Allemagne en 2014.
  • 385 entreprises publiques sur NAZCA ont un revenu total de 2,86 trillions de dollars (données Bloomberg).
  • Des centaines de milliards de dollars redirigés vers le climat: en comptant la décarbonation des portefeuilles, le désinvestissement des combustibles fossiles, et les investissements en faveur du climat.
  • 25% des plus grandes entreprises du monde s’engagent à lutter contre le changement climatique.
  • Environ 15% de tous les engagements individuels mentionnent le prix du carbone.
  • 75 grandes initiatives de coopération multi-acteurs dans des domaines clés :

o la résilience (11 initiatives),

o transport moins polluants (11),

o développement des énergies renouvelables (9),

o accroître l’efficacité énergétique (8),

o la protection de la forêt (6),

o action locale infranational (6),

o entreprises et l’innovation (7),

o l’agriculture (5),

o mobilisation financière (5),

o bâtiment respectueux du climat (3),

o polluants à court terme (4).

  

Exemples des annonces du secteur financier

  • Le G7 a annoncé qu’il contribuerait à l’Initiative G7 InsuResilience qui se concentre sur la gestion des risque régionaux et des fonds d’assurance pour fournir un accès aux services d’assurance pour 400 millions de personnes au cours des cinq prochaines années dans les pays les plus vulnérables. Jusqu’ici, l’Allemagne s’est engagé à mobiliser 150 millions d’euros.
  • Montréal Carbon Pledge: près de 120 investisseurs des États-Unis représentant 10 milliards de dollars se sont engagés à réaliser leur empreinte carbone.
  • Portfolio Decarbonization Coalition : 20 investisseurs, représentant 3,2 trillions de dollars se sont engagés à décarboner 600 milliards $ d’actifs.
  • Caisse des dépôts : le PDG Pierre René Lamas s’est engagé à la décarbonatation de 55 milliards d’euros de près de 20 % d’ici 2020; en 2016 la caisse des dépôts ne possédera plus d’actions dans les entreprises détenant plus de 20% des parts dans le charbon. Ils ont également rejoint le Portfolio Decarbonization Coalition.
  • Le secteur de l’assurance, de l’ICMIF, a lancé une nouvelle initiative sur la microfinance appelé « 555 » couvrant 5 millions de ménages, dans 5 pays sur 5 ans.
  • Crédit Agricole a engagé 2 milliards d’euros en obligations vertes en 2017 et au cours des 3 prochaines années, la banque va mettre
    60 milliards d’euros en nouveaux financements dans le changement climatique et doubler le financement des énergies renouvelables.

 

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