188 pays s’engagent à réduire leurs émissions de gaz à effet de serre

L'Assemblée générale des Nations unies. ©  REUTERS/Mike Segar
L'Assemblée générale des Nations unies. © REUTERS/Mike Segar

23 Oct 188 pays s’engagent à réduire leurs émissions de gaz à effet de serre

Le monde est au rendez-vous de Paris. C’est une des étapes les plus importantes qui vient d’être franchie avant la Conférence climat qui se tiendra à Paris du 30 novembre au 11 décembre. Il avait été décidé lors de la dernière conférence climat à Lima fin 2014 (COP20) que chacun des 195 Etats devrait présenter leur feuille de route pour limiter les effets de l’augmentation de la température à moins de 2 degrés d’ici 2100. Une date avait été fixée par l’ONU (la Convention-Cadre des Nations unies sur les changements climatiques), le 1er octobre 2015 pour que ces contributions aient le temps d’être analysées.

Ce que nous pouvons retenir de ces contributions nationales ?

  • Vendredi 5 février, 188 pays avaient présenté leur feuille de route, sur les 195 pays membres de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC).
  • 97,1 % des émissions mondiales de GES de 2011 sont couvertes par ces contributions.
  • Les dix plus gros émetteurs de CO2 ont remis leur contribution. Par ordre d’émission : Chine, États-Unis, Europe (une contribution unique pour les 28 États membres), Inde, Russie, Japon, Corée du Sud, Canada, Iran et Arabie Saoudite.

Une mobilisation massive des chefs d’État autour de l’enjeu climatique

Les dirigeants ont été impliqués jusqu’au plus haut niveau politique. En Côte d’Ivoire, le Premier ministre a ainsi lancé les travaux de préparation, et le projet finalisé a été transmis au Président de la République pour validation; le Premier ministre japonais a dévoilé la contribution japonaise en juin, dans le cadre du sommet du G7 ; la contribution kenyane a été annoncée par le Président Kenyatta, à l’occasion de la visite d’État de Barack Obama fin juillet. Les principaux ministères, les Parlements et les autorités locales ont été associés : alors que les négociations climatiques internationales sont traditionnellement gérées conjointement par les ministères de l’Environnement et des Affaires étrangères.

Les énergies renouvelables, l’efficacité énergétique et la gestion durable des forêts à l’honneur

Les économies les plus avancées ont déjà inclus les énergies renouvelables dans leur mix énergétique, et ont prévu de renforcer leur utilisation afin d’atteindre leurs objectifs d’atténuation : le Japon vise d’atteindre 22 à 24 % de sa production électrique à partir de sources renouvelables à 2030, et l’Union européenne prévoit qu’elles atteindront 27 % de sa consommation d’énergie finale.

Les économies moins avancées ne sont pas en reste : 40 % des pays hors-G20 ayant soumis leur contribution incluent un objectif chiffré en la matière, à l’image de la Jordanie (11% du mix énergétique en 2025), de la Côte d’Ivoire (16% du mix électrique d’ici 2030, 32 % avec un appui international) ou de l’Algérie (27 % de la production nationale d’électricité à l’horizon 2030).

Des gisements d’économie d’énergie ont été identifiés : à tous les niveaux de développement, les pays sont prêts à adopter les pratiques les plus efficaces. Des mesures sectorielles d’efficacité énergétique (bâtiments, transports, industrie…) sont prévues par de nombreux pays.

Beaucoup de pays forestiers, y compris parmi les moins avancés économiquement, ont prévu d’enrayer – voire inverser – les tendances de déforestation. Les forêts constituent en effet des « puits de carbone » naturels, et génèrent également des co-bénéfices pour l’adaptation et la préservation de la biodiversité. Le Mexique s’est ainsi fixé un objectif de 0 % déforestation d’ici 2030, tandis que la République démocratique du Congo prévoit de planter environ 3 millions d’hectares de forêt au plus tard en 2025. Le programme de la Chine en matière de reboisement, déjà entamé, permettra d’augmenter le stock forestier national de 4,5 milliards de mètres cubes d’ici 2030 par rapport à 2005, soit un doublement de ce qui a déjà été fait ces dix dernières années.

Le Mexique, la Colombie, le Gabon… des exemples de pays qui s’organisent face au dérèglement climatique

5 pays ont prévu de se doter d’un plan national d’adaptation dans les prochaines années. Des objectifs quantifiés figurent dans certaines contributions : le Mexique prévoit de réduire de moitié le nombre de communautés classées comme « vulnérables » d’ici 2030 ; à cette échéance, la Colombie veut doter 1 million de producteurs agricoles d’un accès aux informations agro-climatiques.

Des projets concrets pour développer des solutions: pour les pays qui disposent déjà d’un plan national d’adaptation, la priorité est à la mise en œuvre. Ainsi, le Gabon veut surélever la zone économique de l’Île Mandji, pour faire face à la montée des océans ; Djibouti développe une usine de dessalement de l’eau alimentée par les énergies renouvelables ; le Kenya souhaite mettre en place un cadre de régulation pour renforcer la résilience des investissements privés.

L’atténuation au cœur des contributions : la maîtrise des émissions devient l’affaire de tous.

Les différents secteurs économiques sont pris en compte : parmi la soixantaine de pays ayant présenté une contribution à la mi-septembre, près de 9 pays sur 10 ont pris des objectifs d’atténuation (c’est-à-dire la réduction des émissions de gaz à effet de serre) à l’échelle de l’économie. Ainsi l’ensemble des secteurs – énergie, procédés industriels, agriculture, déchets ainsi que les forêts et l’usage des terres – sont couverts par la contribution. L’intégralité des pays développés et du G20 ont retenu ce type d’engagement, mais également une grand part de pays en développement (Ethiopie, Kenya, Maroc, Colombie…)

Les pays développés n’ont pas failli à leurs responsabilités et ont ainsi conservé un « leadership » en matière d’atténuation – notamment l’Union européenne avec au moins 40 % de réduction d’ici à 2030 par rapport à 1990, et les États-Unis avec 26 à 28 % de réduction d’ici 2025 par rapport à 2005. Certains pays en développement les ont suivis (République dominicaine, Trinité-et-Tobago), y compris parmi les plus modestes (Bénin, Îles Marshall), ce qui constitue pour la plupart une grande première.

Priorité à l’anticipation via les systèmes d’alerte précoce

Une dizaine de pays – dont la majorité en développement – mentionnent leur souhait de créer de tels systèmes, ou de renforcer ceux dont ils disposent. Les systèmes d’alerte précoce ont pour but de détecter les événements climatiques extrêmes, et de prévenir les populations afin qu’elles puissent se mettre à l’abri. Les coûts de ces systèmes sont relativement modestes, et permettent de réduire les coûts humains et matériels des catastrophes. L’initiative Climate Risk Early Warning System (CREWS), portée par la France, vise à accélérer le déploiement des systèmes d’alerte précoce.

Ces contributions devront être améliorées dans le temps

Même si cette série de contributions est très positive (retrouvez le communiqué de presse de la CCNUCC ici), elle ne suffira pas à nous placer, dès la conférence de Paris, sur une trajectoire compatible avec la limite des 2°C. C’est pourquoi l’accord de Paris devra contenir des dispositions permettant de relever régulièrement l’ambition commune au cours du temps, afin que chaque période de contributions soit plus ambitieuse et afin que nous  nous puissions respecter nos objectifs de long terme. Lors du déjeuner des chefs d’États à New-York, dimanche 27 septembre, cette question des améliorations des contributions a été évoquée (retrouvez le compte rendu ici).
Une synthèse des contributions réalisée par la CCNUCC a été publié le 30 octobre (en savoir plus).

Les contributions nationales ou INDC : en savoir plus

Le contenu de ces contributions et les règles encadrant leur remise à la CCNUCC reposent sur les principes suivants :

  • Périmètre : les contributions nationales se composeront, selon le choix de chaque pays, d’objectifs d’atténuation (réduction des émissions) et/ou d’objectifs d’adaptation ;
  • Ambition : les contributions soumises devront aller au-delà des engagements actuels des Parties à 2020 (qu’il s’agisse d’engagements nationaux ou définis au titre de la deuxième période du Protocole de Kyoto, ou de NAMA souscrits au titre de l’accord de Copenhague et des accords de Cancún). Il s’agit d’impulser une dynamique vertueuse et « mieux-disante », en évitant aux Parties de revenir en arrière par rapport à leurs engagements actuels.
  • Contenu : des lignes directrices précisent le contenu du volet atténuation d’une INDC ; le volet adaptation étant volontaire. Il est notamment recommandé de préciser l’année de référence, la période d’engagement et/ou le calendrier de mise en œuvre, les méthodologies employées pour estimer et comptabiliser les émissions de GES et comment l’INDC est juste et ambitieuse et qu’elle contribue à l’objectif ultime de la CCNUCC. 
  • Différenciation : il n’est pas prévu de traitement spécifique visant les pays en développement par rapport aux pays développés, mais la contribution devra être jugée au regard des circonstances nationales propres à chaque pays. Cette approche atténue la division binaire entre Parties à l’annexe I et Parties hors annexe I, établie par la CCNUCC en 1992. Il est néanmoins reconnu que les pays les moins avancés et les petits États insulaires bénéficient d’une certaine flexibilité sur l’élaboration de leur INDC, prenant en compte leur capacité limitée.
  • Transparence : le Secrétariat de la CCNUCC est chargé de publier sur le site de celle-ci les contributions au fur et à mesure qu’elles sont communiquées et d’élaborer, d’ici le 1er novembre 2015, un rapport de synthèse sur l’impact agrégé de ces contributions, sur la base des INDC transmises avant le 1er octobre 2015.
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